26/03/2014

Un architecte engagé

Nous félicitons l'architecte japonais Shigaru Ban pour le prix qu'il vient de recevoir. Nous reproduisons l'article du Temps Genève 26-3-14 à ce propos:

C’est un architecte de la compassion et une figure exemplaire pour toute la profession, qui reçoit le 36e Prix Pritzker, cette distinction que l’on qualifie de Nobel de l’architecture. Shigeru Ban, 57 ans, est surtout connu pour son travail sur les logements temporaires en cas de catastrophe. Il a aussi réalisé le Centre Pompidou à Metz et, en Suisse, les bureaux zurichois de Tamedia (actionnaire du Temps à 46,2%).

«Malheureusement, les architectes ne travaillent pas pour la société, disait-il lors d’une récente conférence TED. Notre métier nous met au service de ceux qui ont du pouvoir et de l’argent. Ils nous engagent pour rendre visibles ce pouvoir et cet argent, en faisant de l’architecture monumentale. Je l’ai souvent regretté […] Les catastrophes naturelles ne sont pas seulement naturelles. C’est l’effondrement des immeubles instables qui tue. Si les gens meurent ou n’ont plus de toit, c’est donc aussi notre responsabilité d’architectes. Mais aucun de nous n’est présent pour construire des abris temporaires. Parce que nous sommes trop occupés à travailler pour les riches.»

C’est en 1994, voyant les misérables bâches en plastique fournies aux déplacés du conflit rwandais, que Shigeru Ban comprend comment mettre son métier au service des démunis. Il contacte le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU et propose ses services. Il développe alors des tentes à base de tubes en carton recyclé, le matériau qui deviendra sa signature.


Il fonde une sorte de Médecins sans frontières de l’architecture, Voluntary Architects’ Network, qui est intervenu en Turquie, en Chine, en Italie, en Indonésie, en Haïti, en Nouvelle-Zélande, au Japon. «Nous avons construit des espaces communautaires, notamment des écoles et des églises, qui devaient être temporaires, mais auxquels les populations ont fini par s’attacher, et qui perdurent. Depuis, je m’interroge beaucoup sur les notions de temporaire et de permanent.»


Succédant à son compatriote Toyo Ito, Shigeru Ban est le septième architecte japonais à recevoir le prestigieux Pritzker.


 


 

 

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La Lettre 47, notre bulletin du printemps est en ligne

Au sommaire, Ukraine et Syrie, nos actions, quelques défenseurs des droits humains, jeux vidéo guerriers...

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26/10/2013

Fukushima Daiichi, où en sommes-nous?

Les Femmes pour la paix avaient préparé un dossier pour la nomination de la compagnie TEPCO*, responsable de la centrale nucléaire  gravement endommagée au moment du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. Nous n'avons pas obtenu cette nomination pour le prix de la pire entreprise, le Public Eye Award décerné au moment du forum de Davos où se retrouvent les puissants de ce monde  Mais nous étions bien placés sur la liste longue.

voici un résumé des arguments présentés, en anglais

Tepco's irresponsability, lies and omissions.

Tepco Daiichi nuclear plant was ravaged on March 11 2011 by earthquake damage, tsunami flooding, explosions and meltdown of the reactors. Radioactive clouds spread over the land and the ocean.  People had to leave  their houses, their fields ,their livelihood and their health is at  high risk. The radioactive contamination of the environment will last for centuries. Tepco’s cover ups, lies and  mismanagement of the plant before and after the accident are an on-going  catastrophe.

The list starts with negligence when choosing the site for the plant, near an earthquake fault line and a few meters from the Pacific Ocean.(There had been a devastating tsunami in the same area in 1933.)  . The  protective seawall was built lower than planned, 10  meters instead of 35. The pools for cooling the spent fuel located above the reactors made them very vulnerable. During the years of operation,  maintenance errors were reported and ignored. - Recurrent concealment and lies in the reports submitted to the Nuclear Energy Supervisory Authority led to an overhaul of the company’s top management.

 

Tepco during the accident was slow  to react  and failed to report. Radioactive water is leaking dayly into the ocean and contaminated vapor raises from the site. The spent fissile materialis still dangerous and there is no way to know where is the corium from the damaged reactors. Tepco has not yet found a viable way technically or financial to insure the safety of the site.The Japanese  government has to help by  injecting  billions of yens.

 

Tepco does not respect the most basic human rights:right to health, right to a clean environment  and to clean food ,right to safe working conditions, right  to freedom of expression.

 

The workers on the site are subject to doses of radiation much higher -50mSv/year- than the international admitted level of 20mSv/. They have no access to their files. Several levels of subcontracting prevent them to establish responsabilities.

 

There is censorship of news. Only some chosen media linked to Tepco have access to information and the workers are forbidden from giving interviews. There is proof that  figures for the radiactivity levels are lowered.

 

The radioactivity leaking from the site affects an area with a population of more than 30 millions. From air ,land and sea, small doses are inhaled and incorporated  through the food chain. Children are already showing signs of health damage and the long term effects to be expected  include cancers, cardiac affections, cataracts,  kidneys failure and   alterations  to the genotype. Animals and vegetals presentf  alterations due to the radioactivity.  

 

 *Tepco is the leading Japanese energy producing company, with 38 000 employees and a net sales/net income (for the last documented year 2012) of yen-5 972.6  billions…

 

 

 

 

 

 

05/05/2013

L'industrie nucléaire russe? grave danger pour le monde entier

Nous publions ci-dessous des extraits d'un article du journal "le Temps" du 4 mai 2013: le danger nucléaire décrit par un spécialiste russe qui a le coutage de s'exprimer .

 

L’expert, ancien inspecteur, dénonce l’irresponsabilité nucléaire russe

 

Des tas de neige sale bordent encore la petite forêt, à la sortie d’une gare, en banlieue nord de Moscou. Au 10e étage de l’une des tours résidentielles, comparables à celles que l’on rencontre dans les nouvelles villes d’Asie, Vladimir Kuznetsov nous attend. Il est pressé de nous faire asseoir car il a hâte de parler, de raconter les secrets encombrants d’une filière russe que le président Poutine veut exporter dans le monde entier. Cet académicien, docteur en sciences et ingénieur, enseigne à l’Institut de l’histoire des sciences et de la technologie S.I Vavilov de Moscou. Il nous avait écrit au lendemain de la catastrophe de Fukushima pour attirer notre attention sur les dangers immenses qui subsistent dans l’ex-empire soviétique. A deux jours de l’anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, nous l’interrogeons sur l’évolution de la situation qu’il dénonçait. «Rien n’a changé, c’est incroyable. Les piscines débordent de combustible nucléaire usagé; personne ne s’occupe sérieusement de la sécurité; les rapports sur les incidents sont de plus en plus lacunaires ou tout simplement inexistants; 16 tranches atomiques du type de Tchernobyl sont encore en activité alors qu’elles ont 40 à 45 ans d’âge et sont de plus en plus dangereuses. C’est un scandale qui n’en finit plus.»

 

La folie Rosatom

 

L’atmosphère devient grave et on peine, en cette fin d’après-midi, à discerner un peu d’espoir chez ce grand spécialiste des filières nucléaires russes, tant civile que militaire. Il en sait beaucoup, trop peut-être, lui qui a minutieusement recensé tous les types d’accidents intervenus dans l’ancien empire soviétique. L’empire, il l’a parcouru en tous sens. Et fermé lui-même plusieurs réacteurs quand, de 1986 à 1993, il dirigeait l’agence chargée de la sécurité nucléaire. Puis, plus rien ou presque n’a été arrêté. Cet ancien inspecteur avoue avoir eu peur «pour la vie de son fils qui l’accompagnait toujours à l’époque de ses missions». Il connaîtra le chômage et dit avoir obtenu un peu d’aide de la Croix-Verte.

 

Le livre qui dérange

 

Devant nous, il brandit fièrement un gros livre qu’il nous remet, une monographie sur les filières atomiques russe et mondiale. «Certains m’ont dissuadé de le traduire en anglais.» Qui donc, lui ­demande-t-on, surpris? Vladimir Kuznetsov hausse la voix: «Rosatom et ses bureaucrates», bien sûr. Il ne dit pas «technocrates» car ces dirigeants «ne connaissent rien à la physique». Rosatom, c’est le conglomérat russe qui exploite et conçoit les centrales nucléaires russes. C’est l’enfant chéri du président Vladimir Poutine, le futur champion industriel qui veut conquérir le marché mondial de l’atome, implanter des usines au Vietnam, au Bangladesh et au Moyen-Orient. L’ambition effraie l’académicien Kuznetsov. Il a bien essayé de comprendre «le champion», en acceptant de faire partie d’un comité ­public associé à Rosatom, un cercle qui permet à la société civile de poser des questions. «Mais, très vite, j’ai compris que c’était du vent, une information donnée sans grand intérêt. Pour les dirigeants de Rosatom, le nucléaire est un ­business simple, comme les autres. Pour nous, ce sera un désastre. Non seulement ce pays héberge déjà la moitié des déchets nucléaires de la planète, mais l’expansion à l’étranger fera de la Russie le premier sous-traitant du nucléaire mondial pour le retraitement du combustible. Une pure folie alors même que nous devrions fermer des tranches devenues trop risquées. En Russie, certains réacteurs sont si vieux et en si mauvais état que les systèmes de sécurité pour relever les barres en cas d’incident sont tordus, ils sont tout simplement hors d’usage!»

 

Un héritage empoisonné

 

Il connaît bien évidemment tous des détails techniques des réacteurs de la filière de Tchernobyl: «J’ai travaillé à la centrale», précise-t-il. Il raconte ses débuts comme ingénieur, l’époque où il opérait sur un réacteur installé au bord de la Moskova. «On rejetait des eaux radio­actives à même le lit du fleuve. On indiquait alors simplement que la baignade était interdite!» Rien ne pouvait stopper les progrès de l’atome civil et militaire. Moscou, à l’entendre, n’est de loin pas débarrassée d’installations atomiques rendues de plus en plus dangereuses en raison du vieillissement, et conçues, dans leur grande majorité, sans bouclier.

 

Curieusement, Vladimir Kuznetsov n’est pas devenu pour autant un scientifique antinucléaire. Il le dit clairement. «On peut envisager l’énergie nucléaire si l’on juge que l’on n’a pas d’autres ressources, mais il y a des exigences incontournables à respecter: une culture de la sécurité totale et une grande transparence à tous les échelons. Or, rien de cela n’existe dans ce pays. Le problème n’est pas spécifique à la ­Russie. La catastrophe de Fukushima n’a-t-elle pas démontré que l’incompétence et la corruption avaient gangrené la filière atomique du Japon?» soupire-t-il.

 

Que faut-il penser du rôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique? «Ecoutez, même son président japonais avait peur de se rendre à Fukushima, c’est dire son courage.»

 

Il se calme, un court instant, et enchaîne: «Je connais vos centrales en Suisse et j’ai pu mesurer que vous étiez sérieux. Mais rendez-vous compte: Rosatom veut implanter des centrales dans des pays peu sûrs, peu éduqués, et même dans des régions sismiques comme la Turquie. Et la Russie va devoir récupérer leurs déchets? Non, non et non.» Se sent-il entendu? «Dans ce pays, je suis très seul. Quant à l’étranger, peu de monde parle de ces risques. Je suis content de vous en parler, croyez-moi.» Il aurait tant à dire, notamment sur les accidents de sous-marins russes et américains de classe atomique qui ont sombré et dont certains croupissent parfois à quelques mètres de profondeur dans les eaux froides de l’Arctique. A l’évidence, il connaît tous les secrets de l’accident tragique du Koursk, «heurté par un bâtiment américain».

 

L’accident de 1957

 

Cet homme de grande taille, qui se déplace difficilement, prenant appui sur deux cannes – «les suites d’un accident de voiture» –, en vient à l’essentiel, à l’urgence. Il parle de son dernier voyage d’il y a deux jours à peine. Avec des collègues physiciens, il s’est rendu dans le sud de l’Oural, sur la rivière Tetcha, un affluent du fleuve Ob qui rejoint la mer de Kara, dans l’océan Arctique. Cette rivière, longue de 240 kilomètres, est gravement contaminée par des déversements de substances radioactives provenant du combinat industriel de Mayak, le complexe de retraitement et de fabrication du plutonium russe. Le plus grave accident date de 1957. Il ne fut pourtant révélé qu’au tout début des années 1990. Selon les organisations écologistes, près de 240 000 personnes ont été irradiées et plus de 1500 personnes y auraient trouvé la mort. Des villages entiers ont été déplacés dans le plus grand secret. Vladimir Kuznetsov a accompagné des militants de Greenpeace sur place, «dont certains ne savaient pas lire leur dosimètre», dit-il, dans un éclat de rire tonitruant. Il dénonce l’imprudence de populations locales qui ne sont toujours pas clairement informées des risques mortels posés par cette rivière. «Nous avons découvert des traces montrant que les bords de la Tetcha ont été cultivés récemment.» Et surtout, les barrages érigés en aval des usines de retraitement des déchets nucléaires du gigantesque complexe de Mayak ne sont plus étanches. Ils sont censés servir de bassin de sédimen­tation et d’épuration. «Les fuites ne sont plus colmatées et, d’ailleurs, tout finit en cascade dans la rivière.» Voilà pourquoi le scientifique Kuznetsov est horrifié à l’idée que le complexe de Mayak devienne le centre mondial du retraitement du combustible nucléaire. «Que ceux qui utilisent l’énergie atomique assument également les déchets et leur retraitement. La Russie n’a pas à devenir la poubelle atomique du monde.»

 

De retour au centre de Moscou, un diplomate occidental nous confirme ses plus gros doutes sur l’état de la sécurité des installations de Mayak, un sujet considéré comme très sensible, y compris en Suisse. L’électricien Axpo s’approvisionne en combustible MOX russe des usines de Mayak, des barres comportant du plutonium en complément de l’uranium, jugées d’excellente qualité mais produites dans des conditions pour le moins douteuses. Le Conseil fédéral a répondu à plusieurs interpellations parlementaires sur la question, mais sans jamais apporter la preuve qu’il maîtrisait toute l’information, difficile à obtenir d’un complexe militaro-industriel resté secret pendant près de cinquante ans.

 

«La filière nucléaire est un serpent; la tête (l’extraction) et la queue (le retraitement) sont sales, beaucoup l’oublient», avertit Vladimir Kuznetsov. Bientôt, les dirigeants d’Axpo entendront parler du serpent. En juin, Vladimir Kuznetsov sera leur invité.

 

27/02/2013

N' OUBLIONS PAS TCHERNOBYL ET FUKUSHIMA, LEURS VICTIMES ACTUELLES ET à VENIR

 

Exposition du photo-reporter italien Pierpaolo Mittica « De Tchernobyl à Fukushima »

dans le foyer de St-Gervais Genève Le Théâtre 5 rue du Temple, Genève,

 du 13 au 28 mars 2013 : mardi et jeudi 12h-18h, mercredi et vendredi 12h-19h30, samedi 16mars 16h-18h.

Vernissage jeudi 7 mars à 17h en présence du Maire de Genève, M. Rémy Pagani et de Pierpaolo Mittica, et avec présentation du rapport « Actes du Forum Scientifique et  Citoyen sur la Radioprotection – Genève, 12-13 mai 2012 »                 

Organisée par le « Collectif Santé et Nucléaire IndependentWHO – pour l’indépendance de  l’OMS » et St-Gervais Genève Le Théâtre

L’exposition est accompagnée de textes tirés des reportages du  photographe. Elle a lieu dans le cadre des manifestations qui entourent la date du 11 mars, anniversaire de la catastrophe de Fukushima.

Pierpaolo Mittica est un photographe humaniste connu au niveau international. Il a obtenu de nombreuses distinctions. Diplomé du CRAF (Centro di Ricerca e Archiviazione della Fotografia) en 1990, il a étudié avec Charles-Henri Favrod, Naomi Rosenblum et Walter Rosenblum. Il a  photographié en Italie, Chine, Cuba, Vietnam, Bosnie, Kossovo, Serbie, Ukraine, Biélorussie, Inde, Indonésie, Bangladesh, Japon. Ses photos ont été exposées en Europe et aux États Unis et publiées par des quotidiens et revues italiennes et étrangères, parmi lesquelles l’Espresso, Alias del Manifesto, Photomagazine, Daylight Magazine.

 

 

 

 

18/01/2013

repères

> La résolution de l’ONU «Femmes, paix et sécurité» (No 1325), adoptée en 2000, préconise entre autres la participation des femmes aux activités de médiation et de consolidation de la paix. Sa mise en œuvre est cependant encore entravée par de «nombreuses difficultés», selon le dernier rapport de l’ONU, daté d’octobre 2012.

> La participation des femmes aux processus de paix officiels reste limitée: seules 4 des 14 négociations de paix codirigées par l’ONU en 2011 ont vu la participation de délégations incluant des femmes. Et sur 9 accords de paix signés en 2011 impliquant 8 pays, seuls 2 – Yémen et Somalie – comportaient des dispositions sur les femmes et leur sécurité, selon l’ONU.

> Sur le terrain, sur 28 missions de maintien et de consolidation de la paix ou missions politiques, 6étaient dirigées par des femmes à la fin 2011. Des femmes étaient également cheffes adjointes dans 5autres missions.

> Les initiatives de promotion de la femme dans les négociations de paix sont nombreuses: encouragement aux femmes sur le terrain, mise à disposition de femmes qualifiées, aides stratégiques en vue des pourparlers, sensibilisation auprès des médiateurs, soutien financier... Les Nations Unies ont créé un «registre de médiateurs» dont les femmes représentent à présent 30%.

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Quand les femmes négocient la paix dans les conflits

Il nous a semblé de bon augure de commencer l'année avec cet article  positif sur le  travail pour la paix de l'ONU et de certaines organisations pour donner aux femmes plus de place dans les négociations de paix.

(article paru dans  «Histoire vivante» journal  La Liberté de Fribourg du 18-1-2013

 Depuis l’an 2000, une résolution de l’ONU encourage l’implication des femmes dans les processus de paix. Si sa mise en œuvre est encore timide, elle offre des perspectives encourageantes. L’avis d’une experte.

«Si nous avions eu des femmes à Camp David, nous aurions réussi à parvenir à un accord!», avait affirmé le président Bill Clinton après le Sommet pour la paix au Proche-Orient. La résolution 1325, adoptée en l’an 2000 par les Nations Unies, va dans ce sens. Intitulée «Femmes, paix et sécurité», elle vise à promouvoir les femmes comme médiatrices de paix. Et si sa mise en œuvre est encore timide, son potentiel est réjouissant. Le point avec Meredith Preston McGhie, directrice régionale pour l’Afrique au Centre pour le dialogue humanitaire (HD Centre), une ONG sise à Genève, engagée dans la résolution des conflits à travers la planète.

- La résolution 1325 de l’ONU remonte à l’an 2000 mais son application reste encore timide...

Meredith Preston McGhie: Il y a effectivement encore beaucoup à faire. Bien que les médiateurs et négociateurs soient encouragés à consulter des groupes de femmes et leurs représentantes dans les processus de paix, ils n’accordent souvent pas de priorité à cette offre. Ils veillent à maintenir le processus sur les rails et s’assurent que tous les belligérants participent aux pourparlers. Mais ils éprouvent encore des difficultés à établir le lien qui existe entre leurs priorités et la participation des femmes au dit processus. Les négociateurs ne semblent pas voir en quoi cette participation pourrait justement contribuer à atteindre leurs objectifs. Trop souvent, les femmes invitées à la table des négociations n’ont aucun pouvoir ni influence, et ne sont là qu’à titre symbolique.

- Quels sont les atouts de la femme par rapport à l’homme dans les processus de paix?

Etant moi-même médiatrice, je soulignerais le fait que notre genre a une influence sur notre capacité à établir des liens et des contacts et sur la façon dont nous sommes perçues. La dynamique d’un processus dont le médiateur est une femme est différente. Nous pouvons utiliser cet atout à notre avantage pour établir un lien de confiance avec les parties en conflit.

Il est également parfois plus facile pour les femmes que pour les hommes de traverser les lignes de démarcation. En Somalie, par exemple, des militantes ont créé un mouvement réunissant des femmes des différents clans afin d’encourager un plus important engagement féminin dans la résolution du conflit. Cette initiative leur a permis de mieux contribuer au processus de paix.

- Les accords obtenus par des femmes sont-ils plus «durables»?

Leur expérience de la société est différente, et cela fait de leur contribution un élément essentiel pour la durabilité de la paix. Tout accord qui prend en considération les points de vue et les préoccupations de toutes les franges de lasociété, y compris les femmes, aura tendance à être plus durable, car plus inclusif. Un processus inclusif permet de réduire les risques de résurgence de la violence.

-Les femmes sont-elles meilleures en médiation que les hommes?

Les femmes peuvent apporter une perspective différente du conflit et de sa résolution. Néanmoins, de façon générale, il ne s’agit pas vraiment d’une question d’atouts des femmes par rapport aux hommes. Chaque médiateur a ses propres qualités, ainsi qu’une expérience qui lui est propre. Au final, c’est véritablement ses connaissances et son expertise concernant le conflit concerné, ses acteurs, le contexte et les dynamiques de l’affrontement, qui vont définir s’il sera ou non accepté par les belligérants, et s’il obtiendra ou non leur confiance.

Généralement, le rôle des femmes médiatrices est compliqué. Les attitudes varient à leur égard. Il existe une tendance à attendre d’elles plus de «douceur». Mais la réalité est qu’un médiateur ou négociateur, qu’il soit une femme ou un homme, doit remplir une mission et un rôle spécifiques. Il poursuivra ses objectifs même si cela suppose d’être vu comme radical ou comme suivant une ligne dure.

- Comment réussir à imposer des femmes dans les négociations?

On ne pourra jamais imposer une femme à la table des négociations. Les médiateurs peuvent évoquer la question et attirer l’attention des parties en conflit à ce sujet. Ils peuvent suggérer et encourager l’inclusion de femmes dans les équipes de médiation. Mais au bout du compte, la décision revient aux parties en conflit. Il est donc important que les médiateurs recherchent les meilleures façons d’encourager une véritable prise en compte des opinions des femmes.

Au Kenya, par exemple, en 2008, les médiateurs ont encouragé avec succès les deux parties à inclure des femmes dans leurs équipes respectives de négociation. Dans d’autres cas, les médiateurs font face au problème d’une représentation féminine à la table des négociations qui s’avère purement symbolique, les femmes n’y ayant aucune influence. Reste que certains processus politiques au plus haut niveau, très fermés, ne permettent pas l’inclusion de femmes.

- Dans quels types de conflits votre HD Centre fait-il appel à des femmes pour les négociations?

Depuis le lancement, en 2005, de son programme sur les questions de genre dans la médiation, le HD Centre ne cesse d’encourager l’inclusion des femmes dans le cadre des processus de paix. Nous avons au HD Centre une dizaine de femmes engagées dans des activités de médiation. Certaines travaillent dans le cadre des équipes de soutien aux projets de médiation, d’autres sont médiatrices et supervisent des processus.

- Quels succès «féminins» votre ONG a-t-elle déjà enregistrés?

Un processus de paix n’est jamais le fait d’un médiateur en particulier mais implique de nombreux intervenants. Les femmes ont été engagées dans plusieurs processus de paix qui ont abouti. J’ai moi-même travaillé en tant que conseillère dans le processus de dialogue et de réconciliation nationale au Kenya, qui a été mené avec succès par Kofi Annan en 2008. Graça Machel, femme de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela et veuve du président du Mozambique Samora Machel, a joué un rôle extrêmement important dans ce processus en tant que personne ayant une grande autorité morale. J’ai aussi été impliquée dans le soutien apporté au processus de paix qui a mené les «Aînés» des communautés Kikuyu et Kalenjin dans la vallée du Rift à signer un accord de paix en août 2012. Le facilitateur en chef de ce processus était également une femme.

- Les femmes pourraient-elles ramener la paix en Syrie?

Tout conflit, y compris en Syrie, est unique et a ses propres dynamiques. C’est pour cela que chaque processus de paix est également unique. Inclure les femmes dans la médiation de conflit est nécessaire et contribue à rendre les processus plus inclusifs et les accords plus durables. Mais un processus de paix dépend aussi de nombreux facteurs différents: la disposition des parties à s’engager dans un tel processus, «le timing» ou la période à laquelle le processus est lancé, l’influence des intervenants extérieurs...

 

 

 

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21/11/2012

21 novembre 2012, Dernières nouvelles d'Evi Gugenheim, du village de Neve shalom Wahat al Salam, où juifs et arabes israéliens vivent ensemble depuis des années.

Ces derniers mois, nous avons beaucoup discuter sur le service militaire dans notre village . Ces jours-ci, cette discussion est de nouveau susciter. Il y a des débordements émotionnels parce que nos nerfs sont tendus dans cette situation. Néanmoins nous poursuivrons notre coopération, même dans ces jours difficiles, malgré la tension nous manifestons que nous avons plus d'intérêts communs que de différences. Notre devise est "d`être d'accord de ne pas être d'accord" et une fois de plus nous manifestons que c`est ça la recette pour la coexistence pacifique aussi dans cette période difficile.
Et tandis que je vous écris ces lignes, je reçois un SMS de mes filles qui sont maintenant tous à Tel-Aviv - depuis une semaine ma fille cadets n`a pas l`école parce que leur école est dans un rayon de 40 km au tours de Gaza - que je ne devrais pas m`inquiéter, qu'ils sont OK, si j'entends de l'explosion de l'autobus à Tel-Aviv ..... Je suis évidemment soulagé et je m`informe tout de suite sur la famille de mon frère, si tout est OK avec eux.
 
Oui, chers amis et amies, c`est comme ça et beaucoup plus complexe notre vie ensemble ici en ce moment. Et malgré tout, nous vivons ensemble dans notre village de paix de Neve Shalom / Wahat al Salam, Juifs et Palestiniens, et nous prouvons que c'est possible!...
 
Dans l'espoir de temps meilleurs.
 
Shalom, Salaam
 
Evi.

17/11/2012

Dernier message de notre collègue Evi Guggenheim-Shbeta, du village pour la paix de Neve Shalom en Israël

 
Evi Guggenheim Shbeta
Sent: Saturday, November 17, 2012 2:25 PM
 
Nouvelles d'un pays fou
 
Chers Amis et Amies,
 
Jeudi soir nous étions invites a une réception pour une délégation d'imams de la France a l'ambassade de France a Jaffa. Je venais de garer la voiture c'est alors que la sirène a commencer. Ça durait quelques fractions de secondes jusqu'à ce que je réalisait que cette fois c'était un vrai alarme. Eyas, mon mari était déjà au dehors de la voiture, moi encore dans la voiture, je réfléchissais quoi faire donc j´ai compris que je dois trouver le plus vite possible un abris. nous commençons a courir vers la porte de l'ambassade, la porte était fermer, et c'est alors que nous avons entendu très près de nous une explosions très forte. J'ai compris que c'était une roquet qui avait explodi, enfin la porte s'ouvrait et nous pouvions nous amener en sécurité dans la maison de l'ambassadeur. Après un peu de tremblement j'ai essayer de téléphoner a une de mes filles que je savait devait aussi être a Jaffa. Mais impossible de téléphoner, je pense que toutes le lignes étaient surcharger.
Après ça la réception continuait normalement. Il y avait des Imames, des prêtres chrétiens et des Rabbins. Tous les représentants des trois religions ont souligne que au fonds les religions s'engagent et prêchent pour la paix et l'amour entre humains.
L' alarme et le cas du missile si près de nous était une expérience très désagréable et effrayante. En rétrospective ça mène a encore plus de pensées a la population au sud du pays et du Gaza qui vivent maintenant sous beaucoup plus de menaces et de peur.
Je me dis comme c'est inutile cette nouvelle ronde de violence qui ne va mener a rien sauf des nouvelles pertes. Les conflits ne peuvent être résolus par la violence, que par le dialogue. Je n'arrive pas à comprendre combien d'argent est investi pour produire des outils pour tuer des gens. Et nous, nous réussissons à peine à nous tenir au-dessus de l'eau avec notre travail pédagogique pour la paix...
 
Espérons pour des temps plus paisibles!
 
Shalom, Salam
 
Evi

07/10/2012

La Lettre d'automne est en ligne

Au menu, les rubriques habituelles:nouvelles des FPP, droits humains, toujours les armes, écologie et énergies. Mais un sujet inhabituel: les Genevoises et Genevois votent le 14 novembre sur un projet de Constitution qui doit remplacer celle de 1847 et donner au canton un cadre approprié au XXIème siècle.Les affrontements politiques rendent les choix difficiles car il y a tous les sujets qui fâchent: services publics, responsabilité de l'Etat, rôle de l'armée...   

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